Publié le 15 mars 2024

Choisir sa vaisselle n’est pas qu’une affaire de solidité, c’est adopter un art de vivre : le grès pour une robustesse chaleureuse au quotidien, la faïence pour une expression décorative qui demande plus de délicatesse.

  • Le grès, cuit à très haute température, est non poreux et donc très résistant aux chocs et aux taches, idéal pour un usage intensif.
  • La faïence, plus poreuse car cuite plus bas, offre une toile parfaite pour les décors vifs mais reste plus fragile face aux éclats et aux chocs thermiques.

Recommandation : Pour un premier équipement durable et sans souci, privilégiez le grès. Si l’attrait pour le décor peint à la main est plus fort, acceptez la poésie et la prévenance qu’exige la faïence.

Lorsque l’on aménage son premier « chez-soi », le choix de la vaisselle est un moment à la fois excitant et déroutant. On rêve d’une table qui a du caractère, qui raconte une histoire, peut-être avec cette touche artisanale si tendance. Mais très vite, la réalité nous rattrape : cette belle assiette supportera-t-elle les passages répétés au lave-vaisselle ? Ce bol si poétique ne finira-t-il pas ébréché au premier choc malencontreux ? Face à l’étal d’un potier ou dans les rayons d’un grand magasin, les termes « grès » et « faïence » se murmurent, souvent sans que l’on sache vraiment ce qui se cache derrière.

L’approche habituelle consiste à chercher le matériau le plus « solide ». C’est un bon début, mais c’est une vision incomplète. Car la céramique n’est pas qu’un matériau inerte ; c’est une terre qui a été transformée par le feu, qui porte en elle une histoire de température, de composition et de savoir-faire. Elle a une âme. La vraie question n’est donc pas seulement « laquelle est la plus résistante ? », mais plutôt « comment vais-je vivre avec ces objets ? ». Comprendre la différence entre le grès et la faïence, c’est apprendre à lire le caractère de la matière pour faire un choix en conscience.

Cet article n’est pas un simple comparatif. C’est une invitation dans l’atelier, pour toucher du doigt la terre et comprendre son langage. Nous allons explorer ensemble non seulement la robustesse, mais aussi la sécurité alimentaire, la conservation de la chaleur, l’entretien et la valeur réelle de ces objets. L’objectif est de vous donner les clés pour choisir non pas la « meilleure » céramique dans l’absolu, mais celle qui correspondra parfaitement à votre quotidien, à vos valeurs et à l’histoire que vous souhaitez commencer à écrire à votre table.

Pour vous guider dans ce choix essentiel, cet article aborde les questions cruciales que vous vous posez, des risques sanitaires à l’art de la réparation, en passant par les secrets des chefs et la vraie valeur de l’artisanat.

Pourquoi certaines céramiques bon marché deviennent-elles dangereuses pour la santé ?

La première préoccupation avec un objet qui touche à notre nourriture devrait toujours être sa sécurité. Une céramique est rendue apte au contact alimentaire par son émail, cette couche vitrifiée qui la rend imperméable. Or, dans certaines productions à bas coût, notamment hors d’Europe, les émaux peuvent contenir des métaux lourds comme le plomb ou le cadmium, utilisés pour obtenir des couleurs vives et éclatantes à moindre coût. Le danger survient lorsque cet émail est de mauvaise qualité, mal posé ou cuit à une température insuffisante : il peut alors se dégrader au contact d’aliments acides (vinaigrette, jus de citron, tomate) et libérer ces substances toxiques dans votre repas. C’est un risque invisible mais bien réel.

Pour se prémunir, la vigilance est de mise. En Europe, la réglementation est stricte et impose la mention « alimentaire » ou « food safe » sur les pièces destinées à cet usage. Méfiez-vous particulièrement des couleurs très vives comme les rouges, jaunes et oranges vifs, qui contiennent quasi systématiquement du cadmium. Un artisan sérieux saura toujours vous garantir la non-toxicité de ses émaux. Il est crucial de ne jamais utiliser pour la nourriture une poterie décorative ou un souvenir de voyage dont vous ne connaissez pas l’origine ou la composition. L’honnêteté de la terre passe aussi par la sécurité de ce qu’elle contient. Bien que seulement 18% des exportations françaises d’articles de table soient en céramique certifiée, choisir des filières contrôlées est un gage de tranquillité.

La faïence, du fait de sa cuisson à plus basse température, est une terre où les couleurs se révèlent avec plus d’éclat. C’est pourquoi elle est souvent choisie pour des décors peints très colorés. Cela impose une vigilance accrue de la part du potier sur les pigments utilisés. Le grès, avec sa cuisson haute température, fusionne l’émail au tesson de manière plus stable, réduisant intrinsèquement les risques de migration si l’émail est de bonne qualité.

Comment réparer un éclat sur une assiette en céramique de manière invisible ?

Un éclat sur une pièce que l’on aime est toujours un crève-cœur. L’envie est grande de la cacher au fond d’un placard ou, pire, de la jeter. Pourtant, une réparation n’est pas seulement possible, elle peut devenir un acte esthétique qui ajoute à l’histoire de l’objet. L’idée de la réparation « invisible » est souvent un leurre. En céramique, chercher à masquer complètement une blessure est presque impossible. L’approche la plus honnête et la plus belle est de la sublimer. C’est toute la philosophie du Kintsugi, cet art japonais qui consiste à réparer les poteries brisées avec une laque saupoudrée d’or, considérant que la fêlure fait désormais partie de la beauté et de l’histoire de l’objet.

Cette « poésie de l’imperfection » transforme un accident en un élément de design unique. Aujourd’hui, des kits de Kintsugi modernes permettent de s’approprier cette technique chez soi, transformant une simple réparation en un acte créatif.

Mains d'artisan appliquant délicatement de la poudre dorée sur une fissure d'assiette en grès

Comme le montrent ces mains délicates, l’application de la poudre transforme la ligne de fracture en une veine précieuse. Au-delà du Kintsugi, pour des fissures plus fines ou des collages avant cuisson, les potiers utilisent des techniques spécifiques. Une astuce d’atelier consiste à créer une barbotine (de l’argile liquide) mélangée à du vinaigre blanc. Appliquée sur une fissure, cette mixture permet de « ressouder » les parties de manière très solide après une nouvelle cuisson. Bien que cette méthode soit réservée aux artisans, elle montre que la matière peut être soignée et sauvée. Accepter de réparer, c’est choisir de vivre plus longtemps avec ses objets et d’honorer la matière.

Assiette en grès ou porcelaine : laquelle garde votre plat chaud plus longtemps ?

Voilà une question de « conscience d’usage » par excellence. Vous aimez prendre votre temps à table, et rien n’est plus décevant qu’un plat qui refroidit en quelques minutes. La capacité d’une assiette à conserver la chaleur dépend de deux facteurs : sa masse et sa conductivité thermique. Le grès, plus épais et plus dense que la porcelaine, possède une inertie thermique supérieure. Concrètement, il emmagasine la chaleur plus lentement, mais la conserve aussi beaucoup plus longtemps. C’est l’allié parfait des plats mijotés, des soupes ou de toute préparation que l’on souhaite déguster bien chaude. Pour optimiser cet effet, une astuce de chef consiste à préchauffer légèrement les assiettes en grès (en les passant sous l’eau très chaude, par exemple) avant de dresser.

La porcelaine, quant à elle, est plus fine. Elle conduit la chaleur plus rapidement, ce qui signifie qu’elle se réchauffe vite au contact de l’aliment, mais se refroidit tout aussi vite. C’est pourquoi elle est souvent privilégiée pour des présentations où la température est moins critique, ou pour des mets froids et des desserts. C’est sa délicatesse et sa blancheur qui sont recherchées avant sa performance thermique. Cette différence fondamentale est directement liée à leur processus de fabrication.

Grâce à sa résistance aux chocs thermiques et aux chocs mécaniques, c’est la céramique préférée des professionnels de la restauration et de nombreuses mères de famille

– Expert en céramique, Blog Chic Faktory

Le tableau suivant résume les propriétés clés qui influencent la conservation de la chaleur. Il montre clairement que le choix dépend de l’usage que vous prévoyez pour votre vaisselle, comme l’indique une analyse comparative des matériaux céramiques.

Propriétés thermiques comparées : Grès vs Porcelaine
Propriété Grès Porcelaine
Température de cuisson 1150°C à 1300°C 1300°C à 1400°C
Porosité Dense et imperméable après vitrification Finesse et translucidité, grande résistance aux chocs et à la chaleur
Capacité thermique Élevée (emmagasine plus de chaleur) Moyenne (transmet la chaleur plus vite)
Utilisation optimale Plats chauds avec préchauffage Plats froids ou présentation élégante

L’erreur fatale qui fissure vos plats en céramique à la sortie du four

Le cauchemar de tout cuisinier : sortir un magnifique gratin du four et entendre un « crac » sinistre. Ce phénomène, le choc thermique, est l’ennemi numéro un de la céramique. Il se produit lorsqu’une pièce subit une variation de température trop brutale. L’erreur la plus commune est de poser un plat brûlant directement sur une surface froide et humide, comme un plan de travail en marbre ou une crédence en inox. La différence de température provoque une contraction si rapide et inégale de la matière que des tensions internes apparaissent et la font fissurer.

Pour éviter ce désastre, la règle d’or est la progressivité. Laissez toujours votre plat en céramique refroidir quelques instants sur une grille, un dessous de plat en bois ou en liège. Ces matériaux isolants permettent une dissipation douce et homogène de la chaleur. De même, ne mettez jamais un plat sortant du réfrigérateur directement dans un four préchauffé à haute température. La faïence est particulièrement sensible à ce phénomène. Étant une terre cuite à plus basse température, elle reste intrinsèquement poreuse sous son émail. Si l’émail est légèrement craquelé (ce qui est courant et s’appelle le tressaillage), de l’eau peut s’infiltrer dans le tesson lors du lavage. Au four, cette humidité se transforme en vapeur et peut faire éclater la pièce. C’est pourquoi la faïence est rarement recommandée pour la cuisson, contrairement au grès ou à la porcelaine à feu.

Une autre erreur, plus rare pour un utilisateur mais critique pour un potier, est la surcuisson. Comme le souligne une analyse des erreurs de cuisson, une pâte à faïence cuite à la température du grès va littéralement fondre et se transformer en flaque de lave dans le four. À l’inverse, un grès sous-cuit ne sera pas vitrifié et donc pas imperméable, le rendant aussi vulnérable que la faïence à l’infiltration d’eau. Cela rappelle que chaque terre a sa propre vérité de cuisson, un savoir-faire que maîtrise l’artisan et qui garantit la durabilité de l’objet, comme le détaille une ressource pour potiers sur les différences entre les terres.

Comment reconnaître une vraie céramique artisanale d’une imitation industrielle ?

Dans un monde où l’esthétique « fait main » est une tendance marketing, distinguer l’authentique de la copie est un savoir précieux. Une pièce industrielle peut imiter l’aspect rustique du grès, mais elle ne pourra jamais reproduire l’âme d’une pièce façonnée par des mains. Le premier indice est le contact : retournez l’objet. Le dessous d’un bol ou d’une assiette artisanale raconte son histoire. Vous y sentirez souvent de subtiles irrégularités, la trace du tour de potier, ou les petites marques laissées par le support de cuisson. Une pièce industrielle aura un dessous parfaitement lisse et uniforme.

Cherchez la signature. La plupart des artisans signent leurs pièces. Cette signature, gravée ou peinte dans la terre, est un sceau d’authenticité, le lien direct avec le créateur. Observez aussi les petites variations. Sur une série de bols faits main, aucun ne sera rigoureusement identique à l’autre. Il y aura de légères différences de hauteur, de courbe, de nuance dans l’émail. C’est cette « parfaite imperfection » qui est le gage de l’artisanat. L’industrie, elle, produit des clones. En France, le secteur de la poterie est bien vivant, avec entre 3 000 et 5 000 ateliers actifs sur le territoire, un signe de la vitalité de ce savoir-faire.

Vue rapprochée du dessous d'un bol montrant les traces circulaires du tour de potier et une signature gravée

Ce contact avec la base de la pièce est une rencontre avec le geste du potier. C’est ici que l’on peut sentir la spirale laissée par le tour, ou parfois même l’empreinte discrète d’un pouce. Ce sont des détails qu’aucune machine ne peut simuler avec âme.

Votre feuille de route pour identifier une pièce authentique

  1. Observer le dessous : Cherchez les traces du tour (fines spirales), les marques des outils ou du support de cuisson. Un dessous parfaitement lisse et uniforme est suspect.
  2. Trouver la signature : La plupart des artisans signent leur travail. Une signature gravée, estampillée ou peinte est un excellent indicateur.
  3. Comparer les pièces d’une série : Deux pièces artisanales ne sont jamais 100% identiques. Repérez les légères variations de forme, de taille ou de couleur de l’émail.
  4. Évaluer le poids et l’équilibre : Une pièce faite main a souvent un poids et une répartition de la matière qui lui sont propres, un « équilibre » que l’on sent en main.
  5. Discuter avec le vendeur ou l’artisan : Posez des questions sur la technique, l’origine de la terre, le type d’émail. La passion et la connaissance sont des signes qui ne trompent pas.

Pourquoi le grès est-il devenu la matière préférée des tables « bistronomiques » branchées ?

Il suffit de pousser la porte d’un café de spécialité ou d’un restaurant « bistronomique » pour le constater : le grès est partout. Tasses, assiettes, bols… sa texture mate, ses couleurs terreuses et ses formes organiques ont conquis les tables les plus tendances. Ce succès n’est pas un hasard. Le grès incarne parfaitement les valeurs de ce mouvement culinaire : l’authenticité, le retour au produit brut, une forme de sophistication décontractée. Il offre une toile de fond chaleureuse et texturée qui met en valeur la cuisine, loin de la froideur parfois intimidante de la porcelaine classique.

Son aspect robuste et sa connexion à la terre créent une atmosphère conviviale et sincère. Une assiette en grès n’est pas juste un support, elle participe à l’expérience sensorielle. Son poids en main, sa surface parfois légèrement granuleuse, tout cela contribue à un sentiment d’ancrage et de naturalité. Les chefs apprécient aussi sa grande résistance, un atout majeur pour un usage intensif en restauration. Il supporte les chocs, les passages au lave-vaisselle industriel et conserve admirablement la chaleur des plats, comme nous l’avons vu.

En 2020, le grès a meilleure presse que la faïence en France. Quand on discute avec des potiers, beaucoup prônent l’utilisation du grès ou de la porcelaine. Les pièces en grès se vendent généralement plus chères que des pièces de faïence. GRÈS +1 : plus noble.

– Expert poterie, Le Blog du Bol

Cette perception de « noblesse » retrouvée a propulsé le grès sur le devant de la scène. Des marques haut de gamme spécialisées dans les arts de la table, comme OGO Living, illustrent cette tendance en proposant des lignes complètes en grès pour la vaisselle principale, tout en réservant la porcelaine pour des usages plus spécifiques comme le service du thé. C’est la reconnaissance que chaque matière a son moment et son usage, et que le grès est aujourd’hui le champion de la table contemporaine et chaleureuse.

L’engouement actuel pour ce matériau s’explique par une parfaite adéquation avec les valeurs de la gastronomie moderne, faisant du grès la star des tables contemporaines.

Pourquoi les grands chefs privilégient-ils la porcelaine blanche pour leurs dressages ?

Si le grès a conquis la bistronomie, la porcelaine blanche reste la reine incontestée de la haute gastronomie. Pour un grand chef, l’assiette est une toile. Et aucune toile n’est plus pure, plus neutre et plus lumineuse que la porcelaine blanche. Sa blancheur éclatante et sa surface parfaitement lisse permettent de sublimer les couleurs, les textures et les volumes d’une création culinaire sans jamais interférer avec elle. C’est un principe fondamental : le contenant ne doit pas voler la vedette au contenu, il doit le magnifier.

La finesse de la porcelaine, parfois jusqu’à la translucidité, lui confère une élégance et une légèreté incomparables. Elle apporte une touche de sophistication et de raffinement qui correspond aux codes du luxe et de l’excellence. D’un point de vue pratique, sa surface non poreuse est un atout hygiénique majeur : elle ne retient ni les odeurs ni les graisses et se nettoie parfaitement. Cette qualité est cruciale dans la restauration de prestige. Bien que moins massive que le grès, sa structure vitrifiée, obtenue par une cuisson à très haute température (jusqu’à 1400°C), lui donne une résistance surprenante aux chocs et à l’ébréchure, un critère essentiel pour un usage professionnel intensif. En France, la porcelaine représente une part significative du savoir-faire, comptant pour 13% des articles pour le service de la table exportés.

Le tableau suivant, basé sur l’analyse des matériaux pour la haute gastronomie, met en évidence les raisons de cette préférence marquée.

Avantages de la porcelaine en haute gastronomie
Critère Porcelaine Autres céramiques
Translucidité Finesse, translucidité et force surprenante Opaque et plus épaisse
Neutralité Toile vierge absolue pour les couleurs Peut influencer la perception des couleurs
Hygiène Non poreuse, aucune rétention d’odeur Porosité variable selon le matériau
Élégance perçue Ajoute une touche d’élégance et de sophistication Plus rustique ou casual

Les attributs uniques de ce matériau en font le support idéal pour la créativité culinaire, expliquant pourquoi les grands chefs restent fidèles à la porcelaine.

À retenir

  • Robustesse vs Décor : Le grès est le champion de la durabilité au quotidien (anti-choc, anti-tache), tandis que la faïence, plus fragile, est privilégiée pour la richesse de ses décors colorés.
  • Chaleur et Sécurité : Le grès conserve mieux la chaleur des plats. Dans les deux cas, privilégiez des artisans ou des marques garantissant des émaux « food safe » pour éviter les métaux lourds.
  • Le Geste et l’Authenticité : Une pièce artisanale se reconnaît à ses « parfaites imperfections » (signature, traces du tour, variations). C’est ce qui justifie sa valeur au-delà du simple objet fonctionnel.

Pourquoi payer 40 € pour un bol artisanal alors qu’un bol industriel coûte 5 € ?

C’est la question finale, celle qui touche au portefeuille et à nos valeurs. La différence de prix entre une pièce artisanale et une pièce industrielle n’est pas une simple marge, elle reflète deux mondes radicalement opposés. Le bol à 5 € est le produit d’une chaîne de production optimisée pour le volume, fabriquant des millions d’unités à faible coût. Le bol à 40 €, lui, est né de la « valeur du geste ». Il contient des heures de travail : le façonnage de la terre sur le tour, le séchage lent et contrôlé, les finitions à la main, les deux cuissons successives qui peuvent durer plusieurs jours, et la recherche patiente sur les émaux. Une étude de marché sur la céramique artisanale française révèle que les particuliers s’intéressent de plus en plus à cette activité, y voyant un retour à l’essentiel.

Ce prix rémunère un savoir-faire, le temps humain et la créativité d’une personne, non la vitesse d’une machine. Il soutient une économie locale et un artisanat qui, en France, connaît une croissance soutenue. Il intègre aussi le coût des échecs, des pièces qui se fissurent à la cuisson, des essais d’émail… toute la part d’incertitude qui fait la poésie de ce métier.

Étude de cas : Production artisanale vs industrielle

Une analyse du secteur montre qu’un atelier d’artisanat utilitaire bien établi produit entre 1 500 et 2 000 pièces par an. En face, une seule ligne de production industrielle peut sortir ce volume en une seule journée. Cet écart colossal de productivité est le facteur clé de la différence de prix. Acheter artisanal, c’est acquérir une part de cette production limitée, une pièce qui a une rareté et une histoire que la production de masse ne pourra jamais offrir.

En fin de compte, acheter un bol artisanal, ce n’est pas juste acheter un contenant pour sa soupe. C’est acquérir un objet qui a une âme, une histoire. C’est choisir de placer au cœur de son quotidien un objet qui porte la trace de la main humaine, une pièce unique qui vieillira avec vous. C’est un petit luxe qui n’est pas ostentatoire, mais qui est riche de sens et de connexion. C’est la différence entre consommer un produit et vivre avec un objet.

Comprendre cette différence de valeur est la dernière étape pour choisir sa vaisselle en pleine conscience.

Pour mettre ces conseils en pratique et commencer à composer une table qui vous ressemble vraiment, la prochaine étape consiste à évaluer les pièces qui vous attirent à la lumière de ces nouvelles connaissances, en équilibrant l’esthétique, l’usage et la durabilité.

Rédigé par Étienne Vasseur, Maître artisan céramiste et expert en arts de la table. Spécialiste des matériaux (porcelaine, grès, faïence) et de la coutellerie fine depuis 20 ans.